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  • Oliver Onthank

L'équation de Kaya : une impasse ?

Les climatosceptiques se font de plus en plus rares, et le constat est unanime : il y a urgence climatique. En revanche, les débats sur les solutions de décarbonation à mettre en oeuvre sont sans fin. Et la transition vers un modèle de société bas carbone ne s'opère pas aussi vite et efficacement qu'elle ne le devrait !


Ceci étant, des outils d'analyse existent pour structurer notre réflexion et tenter d'y voir plus clair. C'est notamment le cas de l'équation de Kaya.


L'équation de Kaya, en bref.

Développée en 1993 par l'économiste japonais Yoichi Kaya et popularisée par Jean-Marc Jankovici, elle offre une grille de lecture globale de l'origine des émissions de CO2 anthropogéniques, et se définit comme suit :

Elle est obtenue à partir d'un constat simple - "CO2 = CO2" - et par une série de divisions et multiplications successives :

En d'autres mots, nos émissions de CO2 seraient fonction de plusieurs facteurs :

  1. L'intensité carbone de l'énergie ;

  2. L'intensité énergétique de l'économie ;

  3. Le PIB par tête ;

  4. La population.

Pour atteindre les objectifs fixés par les accords de Paris et donc réduire nos émissions de CO2 par 3 d'ici 2050, plusieurs solutions s'offriraient donc à nous :

  1. Réduire l'intensité carbone de nos énergies (en développant les renouvelables et le nucléaire, par exemple) ;

  2. Gagner en efficacité énergétique ;

  3. Miser sur la décroissance ;

  4. Réduire la population mondiale.

Il n'y aurait donc qu'a choisir entre l'une ou plusieurs de ces solutions, et le problème serait réglé ! 🥳🎉


En réalité, pas si simple....


L'équation de Kaya face à une impasse.

Lorsque que l'on se penche sur chacune des 4 solutions découlant de l'équation de Kaya, on en perçoit rapidement les limites. En effet :

  1. La transition énergétique, qui suppose le passage d'un système de production énergétique carboné à un système plus vert, fait aujourd'hui l'objet d'une erreur de sémantique. En effet, les capacités énergétiques renouvelables, même si elles augmentent considérablement d'année en année, ne viennent pas remplacer les capacités énergétiques fossiles mais s'y adjoignent. Et la réduction de l'intensité carbone du mix énergétique mondial semble irréaliste à court terme.

  2. Les gains d'efficacité énergétique sont très limités (de l'ordre de 1 à 2% par an), et sont systématiquement compensés par un effet rebond.

  3. La décroissance, souvent perçue comme un "appauvrissement collectif" synonyme de "déclassement" - permet difficilement de mobiliser le plus grand nombre autour de la transition écologique.

  4. Les politiques anti-natalistes ouvrent la voie à de nombreuses dérives autoritaires dangereuses.

Face à cette impasse, que faire ?! 🧐


Cassons l'équation et passons à l'action !

Casser l'équation de Kaya, c'est ce que propose Cédric Ringenbach, Fondateur de la Fresque du Climat lors de son intervention au TEDx de Bruxelles en septembre 2022.


Sa proposition ? Prendre l'équation de Kaya, la projeter dans un secteur en particulier, puis remplacer le PIB par ce que ce secteur représente exactement / ce que le secteur "délivre".


En projetant l'équation dans le secteur automobile, et donc en remplaçant le PIB par la notion de kilomètres parcourus (km), on obtient l'équation suivante :

Cette première étape permet de faire émerger deux notions :

  1. L'efficacité du véhicule (énergie / km) ;

  2. Les besoins en déplacement (km / pop).

Elle permet également d'introduire une légère subtilité : dans le premier cas, les km correspondent au kilomètres parcourus par le véhicule (KV) ; dans le second cas, au kilomètres parcourus par le passager (KP).


En partant du principe que KV et KP diffèrent principalement en raison du nombre de passagers et donc que "KP = KV x remplissage", on peut se permettre de "casser" l'équation. Et l'on obtient la formule suivante :

En faisant passer le nombre de passagers de 1 à 2, on réduirait alors de moitié nos émissions de CO2. C'est notamment ce que permet le covoiturage.


En appliquant cette méthode à l'industrie, et donc en remplaçant le PIB par la notion d'"objet", on peut à nouveau introduire une subtilité en distinguant l'objet produit (qui sort de l'usine) de l'objet possédé. La différence entre les deux, cette fois-ci, réside dans la durée de vie :

En faisant faisant passer durée de vie de notre téléphone portable, par exemple, de 3 à 6 ans, on réduirait alors notre empreinte carbone liée à la possession de cet-objet-là de moitié.



Cédric Ringenbach, dans son analyse, reprend la forme générale de l'équation de Kaya et distingue (1) l'efficacité de l'économie - liée à la production - et (2) les besoins par personne. Ce faisant, il "casse" à nouveau l'équation de Kaya et obtient la formule suivante ;

Dans cette nouvelle version de l'équation, on comprend qu'il existe plusieurs variables d'ajustement : la décarbonation, l'efficacité et la sobriété. Mais l'on s'aperçoit surtout que l'un de nos principaux leviers de décarbonation de l'économie correspond au découplage entre production et besoins.


Pour y parvenir, plusieurs solutions existent : le covoiturage dans le cadre de nos trajets en voiture et le rallongement de la durée de vie de nos objets, comme précisé dans les exemples précédents, mais aussi, de façon plus générale, le partage et la mutualisation (avec son voisinage, par exemple).


Toujours selon Cédric Ringenbach, qui prend en compte la hausse de la population prévue jusqu'en 2100 ainsi que la hausse des besoins de la population au niveau mondial (portée par les pays émergents), il serait ainsi possible d'atteindre les objectifs fixés en 2015 aux accords de Paris.


Mais cela suppose un changement de mentalités à grande échelle. Et ce travail, s'il doit se faire au niveau individuel, doit également être porté par les entreprises et le secteur public, qui ont un rôle indéniable à jouer dans la transition !


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Entracte est un organisme de conseil et de formation au service de la transition écologique et sociale.


Notre mission, c'est d'accélérer la transition écologique et sociale par la conception et la mise en oeuvre de mesures concrètes et quantifiables, et par le changement comportemental des citoyens et des organisations.


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