top of page
  • Julie B.T.

Temps de travail, l’oublié de la RSE ? 🤔

Dernière mise à jour : 4 avr.


Le compte rendu de l’expérimentation de 2 ans au Royaume-Uni sur la semaine de 4 jours (réduction du temps de travail sans réduction de salaire dans 61 entreprises (1)) vient d’être publié : 100% des chefs d’entreprise y voient un impact positif et 0% un impact négatif ! 


L’occasion pour Entracte de faire le point sur ce sujet, souvent éclipsé dans les stratégies de Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE), pour lesquelles la priorité est généralement mise sur d'autres aspects tels que l’environnement, les achats, l’inclusion ou la diversité.


Repenser le temps de travail est en effet un sujet qui demande un changement comportemental et structurel plus profond et dont les bienfaits sont plus difficiles à mesurer à court terme, sans compter les idées reçues associées à la réduction du temps de travail.


Notre article s’appuie sur des exemples d’expérimentations de la semaine de 4 jours, principalement en Europe, comme par exemple l’Islande dans laquelle 86% des actifs du secteur privé comme public ont ou sont sur le point d’adopter la semaine de 4 jours (2) après une expérimentation très réussie avec la mairie de Reykjavik. Les expérimentations soulignent à quel point le temps de travail est un critère déterminant pour améliorer le bien-être, l’impact environnemental et l’engagement des salariés, trois aspects au cœur de la RSE !


Le temps de travail et le bien-être n’ont pas évolué à la hauteur de la productivité


Diminuer le temps de travail n’est pas un concept nouveau. Au fil des décennies le temps de travail a été marqué par une réduction significative, passant de la semaine de 84 heures en 1848 à la semaine de 40 heures en 1936.




Mais depuis presque 90 ans (entre 1936 et 2024), le temps de travail a seulement été réduit de 5 heures par semaine alors que la productivité a explosé après guerre. Parallèlement, le bonheur des individus a à peine progressé (paradoxe d’Easterlin). Pour équilibrer la productivité croissante avec le bien-être des salariés et le droit au travail pour toutes et tous, il devient essentiel de repenser et de développer des alternatives de réduction du temps de travail.


L’impact environnemental du temps de travail


En s’appuyant sur les données de pays de l’OCDE, des chercheurs ont calculé que travailler moins réduirait l’empreinte écologique et carbone des pays (3). La cause la plus directe est la réduction des trajets domicile-travail, sachant que 74% des actifs se rendent au travail en voiture (4). Mais les causes indirectes sont nombreuses et plus structurelles. 


En effet, en disposant de peu de temps mais plus d'argent, les classes aisées - qui sont celles qui polluent le plus (5) - tendent à adopter des modes de consommation plus rapides et polluants : alimentation transformée et emballée, addictions au numérique, au sucre, voyage en avion sur des temps courts... Réduire le temps de travail est donc une condition sine qua non pour pouvoir adopter un mode de vie plus durable et désirable, et contribuer à changer nos imaginaires. 


Quelques calculs concrets d’impact environnemental : 

  • L'association 4 Day Week Global (6) a estimé que le passage à la semaine de quatre jours pourrait diminuer l'empreinte carbone du Royaume-Uni de 21,3 % entre 2021 et 2025 ;

  • Au Japon, en libérant les employés tous les vendredis sans réduction de salaire, l’entreprise Microsoft a enregistré une réduction de sa consommation d'électricité de 23% et de sa consommation de papier de 60%, tout en augmentant la productivité de 39,9% (7).


Attention toutefois, une politique de réduction du temps de travail ne fonctionnera que si le gouvernement intervient pour fournir les infrastructures nécessaires au travail et aux loisirs "conviviaux”, non rémunérés et crée les conditions permettant à celles et ceux qui le souhaitent d’utiliser ce temps libéré à des fins sociales et/ou environnementales (8).


L’impact social de la réduction du temps de travail 


Les résultats mesurés sur les collaborateurs de l’expérimentation de la semaine de 4 jours au Royaume-Uni (1) illustrent l’impact positif à court et moyen terme de la réduction du temps de travail sur le bien-être et la fidélisation des salariés - en voici quelques principaux ci-dessous.


La semaine de 4 jours offre la possibilité de rééquilibrer ces inégalités homme-femme. Actuellement, près de 30 % des femmes travaillent à temps partiel en France, principalement en raison de contraintes domestiques. 


Le partage du temps de travail représente aussi une opportunité d’allouer plus de temps à la culture, à l'engagement civique, au tissu associatif et à la solidarité. En France, neuf millions de personnes s'occupent d'un proche en situation de handicap ou en perte d'autonomie. La semaine de quatre jours est une manière de soutenir ces activités non marchandes en offrant à ces "aidant(e)s" plus de temps pour ce travail non comptabilisé dans le PIB mais essentiel à la société. Un enjeu crucial face au vieillissement de la population.


Un temps de travail plus réduit peut aussi stimuler l'innovation et la créativité en donnant aux employés le temps et l'espace nécessaires aux salariés pour prendre du recul sur leurs pratiques et pouvoir explorer de nouvelles idées en dehors de leurs tâches quotidiennes.


Quelques enjeux de la transition vers une semaine de 4 jours


La transition vers la semaine de 4 jours nécessite une gestion attentive, avec une implication de tous les collaborateurs de l’entreprise et une adaptation progressive pour éviter des problèmes tels que la surintensification, l'érosion du lien social et les freins culturels. En plaçant le dialogue social au centre du processus, les entreprises peuvent maximiser les avantages tout en minimisant les inconvénients potentiels.


Pour les emplois ouvriers ou les services publics :

Certaines entreprises pourraient être confrontées à des difficultés organisationnelles pour maintenir une activité constante sur cinq jours par semaine. La transition vers une semaine de travail de quatre jours nécessite des ajustements organisationnels et dans les rotations. Des exemples probants, tels que Dehimi Industrie (9), qui produit des pièces pour l'agriculture, la marine et l'automobile, démontrent que ces défis peuvent être relevés grâce à une planification minutieuse et des adaptations organisationnelles.


Bien qu'initialement réticente à adopter la semaine de quatre jours, la direction de Dehimi a été convaincue par les gains de productivité observés, avec une augmentation du chiffre d'affaires de 17% en seulement six mois (10).


Pour les emplois cadres : 

Les cadres sont confrontés à des défis particuliers, notamment en ce qui concerne le droit à la déconnexion. La transition vers une semaine de travail de quatre jours nécessite la mise en place de politiques claires pour garantir que les employés ne soient pas contactés en dehors de leurs heures de travail régulières. Les recherches mettent en évidence l'importance d'une maturité organisationnelle pour réussir la mise en œuvre d'une semaine de travail raccourcie à quatre jours.


Stratégies pour une transition réussie vers la semaine de 4 jours


La réussite d'une transition vers la semaine de 4 jours repose sur une approche réfléchie et participative. Voici quelques stratégies clés pour amorcer ce changement sans heurts :

  1. Sonder les attentes des collaborateurs et les impliquer dans la démarche :

Avant de plonger tête baissée, il est essentiel de comprendre les aspirations des employés. Préfèrent-ils des journées plus longues ou un jour supplémentaire de congé ? Sont-ils prêts à envisager une baisse de salaire pour cette transition ? Ces réponses orienteront la mise en œuvre.

  1. Cartographier les ressources et les processus :

Une cartographie approfondie de l'entreprise est cruciale. Quelles tâches peuvent être allégées ? Quels processus peuvent être automatisés ? Quels métiers s'adaptent, ou non, à ce nouveau modèle ? C'est une étape préliminaire pour redéfinir en profondeur la manière de travailler.

  1. Expérimenter, mesurer et s’ajuster :

Plutôt que de plonger directement, commencez par une phase pilote. Ouvrez la semaine de 4 jours à un groupe défini de salariés sur une période limitée. Définissez des indicateurs internes pour évaluer l’impact sur les collaborateurs, les clients et les résultats de l’entreprise. Cette approche permet d'ajuster facilement le tir en cas de besoin, évitant ainsi les échecs retentissants.

  1. Accompagner le changement :

La semaine de quatre jours peut nécessiter d’imaginer une nouvelle culture de travail dans l’entreprise. La communication et l'accompagnement sont essentiels. Référents internes, réunions, sessions de questions-réponses, guides de bonnes pratiques, et baromètres réguliers sont des outils indispensables pour garantir le succès du projet et le bien-être des collaborateurs. 


En suivant ces étapes stratégiques, une entreprise peut non seulement instaurer une semaine de travail plus courte, mais aussi créer un environnement favorable à l'épanouissement professionnel de ses employés et leur permettre de s’engager dans des modes de vie plus respectueux de la planète et des autres.

De nombreux exemples montrent que ce changement peut même augmenter le chiffre d’affaires de l’entreprise (11) (7), alors, prêt(e) à vous lancer ? 


🌱 Vous souhaitez vous faire accompagner dans votre démarche de transition ?


👉 Prenez rendez-vous avec nos experts pour un appel gratuit et sans engagement autour de votre démarche RSE !

 

Ressources : 

  1. Making it stick : The UK fourday week pilot one year on, Autonomy, 2024

  2. World’s largest ever four day week trial in Iceland ‘overwhelming success, Independent, 2021

  3. Reducing Growth to Achieve Environmental Sustainability, Knight, K. ; Rosa, E.A. ; Schor, J.B., 2012

  4. Données INSEE, 2017

  5. Combattre les inégalités des émissions de CO2, OXFAM, 2020

  6. The Environmental benefits of a shorter working week, Platform London, 2021

  7. Microsoft Japan tested a four-day work week and productivity jumped by 40%, The Guardian, 2019

  8. Semaine de quatre jours : le temps du monde d’après, Institut Rousseau, 2023

  9. « On a tout à y gagner » : dans cette entreprise près de Brest, la semaine dure quatre jours, Ouest France, 2023

  10. La semaine de 4 jours, un progrès social et écologique, Printemps Ecologique, 2023 

  11. La semaine de 4 jours : un succès chez LDLC, My Happy Job, 2023. Chez LDLC, entreprise spécialisée dans la vente de matériel informatique, le chiffre d'affaires a augmenté de 40% en deux ans après l’adoption de la semaine de 32 heures sur quatre jours rémunérés sur cinq. 

Commentaires


bottom of page