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  • Photo du rédacteurVicente Barreto

Qu'est ce que la neutralité carbone et les objectifs “net-zero” des entreprises 📉

Dernière mise à jour : 17 juil. 2023


Aujourd’hui, plusieurs entreprises se vantent de réaliser des projets “neutres en carbone”, voire de mener une activité qui n’émet pas de gaz à effet de serre. C’est notamment le discours tenu par Total Energies depuis 2 ans, lorsque l’entreprise revendique être “[engagée] vers la neutralité carbone en 2050”, alors même qu’elle continue d’investir massivement dans les énergies fossiles. Quel sens se cache donc derrière ce concept, et qu’est-ce qui permet à des acteurs comme Total Energies de revendiquer une trajectoire net-zéro ?


Les Accords de Paris de 2015 ont fixé l’objectif de limiter le réchauffement climatique en deçà de 2ºC, de préférence à 1,5ºC. Dans le dernier rapport du GIEC, dont le résumé exécutif a été publié en mars 2023, cet organisme scientifique a présenté les concepts de “budget carbone” et de “neutralité carbone”, conditions nécessaires au respect des Accords de Paris signés lors de la COP 21. C’est dans ce cadre que la France a construit sa Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), qui a pour but d’équilibrer ses émissions et absorptions de GES territoriales d’ici 2050.


Les trajectoires du GIEC

Le GIEC estime que pour avoir une chance de 50% de limiter le réchauffement climatique à 1,5ºC, nous ne pouvons pas émettre plus de 500 GtCO2e, en plus des GES déjà émis depuis 1900. Avec autant d’émissions anthropiques annuelles qu’en 2019, le budget sera très probablement écoulé d’ici 2030. Il est donc essentiel d’adopter des mesures fortes de réduction des émissions de GES pour respecter les accords de Paris.


Ces mesures devraient permettre d'atteindre la neutralité carbone, c’est-à-dire l’équilibre entre les émissions de CO2 anthropiques et les absorptions de CO2 anthropiques. Pour compenser les émissions résiduelles de GES après les efforts de réduction, nous devrons aussi en absorber grâce à des technologies de capture et stockage de carbone (CSC).


En effet, puisque des GES autres que le CO2 continueront d’être émis, si l’on souhaite atteindre des émissions nettes nulles, il faudra capter plus de CO2 qu’il n’en sera émis par l’activité humaine pour compenser le potentiel de réchauffement global du méthane, protoxyde d’azote, entre autres. C’est pourquoi les graphiques du GIEC montrent que le respect des accords de Paris implique d’atteindre des émissions négatives de CO2 à terme.


Source : Synthèse exécutive du dernier rapport du GIEC (GIEC, 2023)


Comme les gouvernements et autres organisations, les entreprises doivent contribuer aux efforts de neutralité carbone, et se lancer dans des trajectoires “net-zero” pour vérifier que leurs activités soient cohérentes avec un monde à +1,5ºC. Plusieurs référentiels ont été développés pour les accompagner dans cette transition, et nous vous proposons d’étudier leurs différentes spécificités dans cet article.



Aider les entreprises à atteindre ses objectifs : SBTI, CDP, NZI, les référentiels net zéro


Aujourd’hui, les entreprises prennent un engagement net zéro en trois étapes : mesurer, réduire et compenser. La compensation carbone par l’achat volontaire ou obligatoire de crédits carbone (cf. notre article sur l’EU ETS) leur permet “d’annuler” tous les ans leurs émissions qui n’ont pas pu être absorbées. De plus, la possibilité de compensation par crédits carbone permet de viser des objectifs de réduction des émissions trop peu ambitieux. Les accords de Paris requièrent une diminution de 3% à 7% annuelle de GES, or les crédits ne supposent qu’une absorption future de GES, alors que l’émission à la source est actuelle. Enfin, la possibilité de la déclaration d’engagements net zéro mène à une course au moins-disant, tellement les ambitions sont diverses.


Net Zero Initiative (NZI)


La Net Zero Initiative est un référentiel français créé par Carbone 4, une dizaine d’entreprises en développement durable et un conseil scientifique en 2018. Son but est de créer une définition collective de la neutralité carbone d’entreprise et d’améliorer la transparence des engagements des organisations dans ce domaine.


La NZI cherche donc à pallier les faiblesses du concept de neutralité carbone pour inciter les entreprises à agir sur leurs émissions de GES, plutôt que de rester dans l’attente d’une absorption future et théorique de celles-ci. Pour ce faire, une plateforme a été créée en se basant sur les principes suivants :

  • La neutralité carbone n’est qu’une trajectoire mondiale, impossible à appliquer au niveau de l’entreprise ;

  • Seule la contribution carbone est possible ;

  • On distingue les réductions d’émissions des “émissions négatives” dans la comptabilité carbone ;

  • On prend en compte les produits et services bas carbone dans les émissions évitées (baisse absolue du niveau d’émissions ou augmentation plus faible par rapport au plan initial) ;

  • La finance carbone, par les émissions évitées ou négatives, n’annule pas les émissions opérationnelles des entreprises.


Cette plateforme sert à proposer trois types d’actions complémentaires de réduction des émissions de GES :

  • Réduction des émissions directes et indirectes

  • Réduction des émissions des autres (financement et commercialisation de projets bas carbone)

  • Augmentation des puits de carbone (capture et stockage du carbone dans et hors de la chaîne de valeur)

Cela oblige l’entreprise à mesurer ses émissions de GES, se fixer des objectifs de réduction et de contribution et les suivre dans le temps. Elle peut le faire grâce aux outils de la NZI, qui permettent de faire l’inventaire des émissions sur la chaîne de valeur, de comptabiliser les émissions évitées, ainsi que les absorptions.


Le projet a des avantages et inconvénients. La NZI permet d’inscrire l’action de l’entreprise dans une trajectoire globale et de mieux rassembler les collaborateurs autour de cette question à l’inverse de la communication annuelle d’une compensation carbone théorique. Cependant, il s’agit d’une plateforme très récente, qui utilise des méthodologies encore incomplètes, et qui requiert donc une participation importante des organisations pour lui fournir davantage de données. Vous pouvez la rejoindre ici !


Science Based Targets Initiative (SBTI)


À un niveau international, nous pouvons mentionner la Science Based Targets Initiative (SBTI) mise en place en 2015 par une collaboration entre le Carbon Disclosure Project (CDP), le Pacte Mondial des Nations Unies, le World Resources Institute et le World Wild Fund for Nature (WWF). Cette initiative a pour mission d’accompagner les entreprises dans une trajectoire de décarbonation selon des critères scientifiques en accord avec les objectifs fixés par la COP21.


Cet accompagnement vers la neutralité carbone se fait grâce à une nouvelle norme internationale, la Net Zero Standard, dont les étapes à suivre sont détaillées dans notre article à propos de la SBTI. Vous y retrouverez également les informations relatives aux prix de la participation à l’initiative, qui vont de 1 000€ à 14 500€ selon la taille et les objectifs des entreprises, et aux intérêts qu’elle présente pour elles.


Carbon Disclosure Project (CDP)


Le Carbon Disclosure Project (CDP), est une association de reporting globale créée en 2000 pour les investisseurs, les entreprises, les villes, les régions et les États. Sur sa plateforme, ces acteurs peuvent répondre à un questionnaire relatif au changement climatique qui, depuis la signature des accords de Paris en 2015, est de plus en plus tourné vers la construction de plans d’actions et le choix d’indicateurs de suivi concrets.


Les entreprises qui s’engagent à y répondre (gratuitement en Europe occidentale) ne le font donc plus seulement pour la production de données environnementales et le changement de la gouvernance. Désormais, la définition d’objectifs de réduction des émissions de GES engage leur responsabilité en réponse à l’accélération du changement climatique et à la signature de nouveaux traités internationaux. Pour plus d’informations à ce sujet, vous pouvez consulter notre article dédié au CDP.


Pour conclure ...


La neutralité carbone reste un sujet complexe, ce qui permet aux entreprises de revendiquer des stratégies environnementales avec des émissions sous-estimées et des actions de compensation surestimées, sans se baser sur les dernières données scientifiques.


Pour construire des plans d’actions vraiment cohérents, alignés avec les objectifs des accords de Paris, il est donc très utile de pouvoir se référer à des organismes spécialisés dans cette question, et qui permettront de dépasser une revendication de neutralité carbone sans impact réel.


 

Sources :

  • Climate Change 2023, Summary for Policymakers (IPCC, 2023)

  • Net Zero Initiative - Un référentiel pour une neutralité carbone collective (Carbone 4, 2020)

  • Le joker EnR (Bloom, 2023)


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